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dc.contributor.advisorSutherland, Ronald
dc.contributor.authorHopps, Christine Marie Anne
dc.date.accessioned2017-02-07T20:38:14Z
dc.date.available2017-02-07T20:38:14Z
dc.date.created1993
dc.date.issued1993
dc.identifier.urihttp://hdl.handle.net/11143/10034
dc.description.abstractDans les années soixante-dix et quatre-vingts, Ronald Sutherland et Philip Stratford ont fait valoir les avantages de poursuivre une approche critique comparative de nos deux littératures majeures. Depuis ce temps, quelques études, spécifiquement celles de Maria Ignatieff-Bandrauk et Gisella Hermann-Kuepper, ont élargi le cadre comparatif en examinant les contributions d'origine ukrainienne et allemande au corpus de la littérature canadienne. La recherche que nous avons accomplie révèle qu'il y a eu récemment beaucoup de nouveaux apports à la théorie et critique littéraires. L'essor de la critique post-moderne, laquelle on associe assez souvent à l'oeuvre du russe Mikhail Bakhtin, a capté l'intérêt de plusieurs critiques canadiens, dont Robert Kroetsch, Linda Hutcheon et Barbara Godard. Kroetsch soutient que non seulement la littérature, mais la société nord-américaine dans son ensemble, manifeste un goût marqué pour le carnavalesque, un mode où la résistance à l'emprise du statu quo se manifeste au niveau du contenu, soit les images et les thèmes, ainsi que les aspects formels. Dans deux articles relativement récents, Godard applique d'une façon rigoureuse la méthodologie Bakhtinienne à l'oeuvre de Robertson Davies. Elle explique ses romans, démontrant l'imagination dialogique (ou carnavalesque) de Davies, mettant en relief l'efficacité de cette approche pour décoder le roman canadien contemporain. Nous nous proposons dans ce mémoire de faire une brève analyse de l'intrigue et des personnages principaux de trois romans canadiens, The Studhorse Man de Robert Kroetsch, La Guerre, Yes Sir! de Roch Carrier et Pélagie-la-Charrette d'Antonine Maillet, lesquels représentent trois traditions littéraires distinctives associées à l'Ouest canadien, le Québec et l'Acadie. Outre le fait que ces trois romans utilisent les techniques généralement les plus raffinées de la littérature orale, ils ont par surcroît des thèmes semblables. Dans chacun la mort du personnage principal mène à la naissance ou la renaissance d'un autre; sa mort peut même faire revivre une communauté entière. Outre le thème cyclique de la vie et la mort, le thème de rébellion, également typique du roman carnavalesque, figure aussi dans ces trois romans. Philip Stratford, dans son essai critique All the Polarities, identifie les caractéristiques communes aux romans canadien-anglais et québécois. Il nous démontre que Kroetsch et Carrier appartiennent respectivement aux traditions littéraires canadienne-anglaise et québécoise; Antonine Maillet, par contre, est plus difficile à catégoriser, parce que son oeuvre possède des caractéristiques communes aux deux traditions. Le fait que Barbara Godard a utilisé les ouvrages critiques de Mikhail Bakhtin nous a semblé très suggestif. La méthode Bakhtinienne appliquée à l'oeuvre de Rabelais dans Rabelais and Mis World et The Dialogic Imagination nous paraît éminemment appropriée à notre propre étude des trois romans susmentionnés. Le premier des ouvrages de Bakhtin situe l'oeuvre de Rabelais dans un contexte universel de la tradition populaire; Bakhtin mise sur le contenu, les façons de parler, la panoplie des images et des thèmes. Le second comprend quatre essais consacrés aux aspects formels du roman. Et dans un dernier temps, Bakhtin attribue à Rabelais sa place dans l'histoire littéraire mondiale. L'attention que nous portons à l'oeuvre de Bakhtin se justifie à la fois par la qualité de son examen de Rabelais et par la facture même de son analyse critique, laquelle nous avons trouvée d'un précieux secours dans notre propre analyse. Une fois l'approche critique de Bakhtin clairement définie, nous nous proposons de l'appliquer systématiquement aux trois ouvrages canadiens sous étude. Nous allons constater que chacun des trois romans privilégie le patois aux dépens de la langue officielle dans le dessein d'amoindrir le statut de cette langue officielle. Le patois foisonne de blasphèmes et de jurons qui souvent révèlent le pouvoir occulte qui opprime le peuple, soit le puritanisme, l'Église et le gouvernement. L'analyse démontre une richesse au niveau de l'imagerie populaire. Dans les trois romans, les noces, qui normalement célèbrent l'espoir, ne sont jamais loin de la mort. Les événements sociaux révèlent aussi le symbolisme de la magie des nombres, où l'on décèle une correspondance entre le symbolisme chrétien et païen. Dans ces trois romans carnavalesques, la femme joue un rôle très marqué. Plus matriarcales que patriarcales, les communautés décrites dans ces romans exaltent la femme. L'épouse s'impose aux dépens de son époux, et l'autorité qu'elle possède est léguée à ses filles. L'image grotesque du corps aide à percevoir que l'individu fait partie de la collective, voir même du cosmique. La mort de l'individu devient moins marquante; l'immortalité recherchée dans la culture populaire est génétique et culturelle, non la vie éternelle chrétienne. Ces trois romans intègrent la parodie et les références à la terre pour évoquer les images de "matériel bodily lower stratum" (Bakhtin). Par l'entremise de ces images, les rôles ainsi que les relations stéréotypées (soit entre homme et femme ou entre ciel et terre), sont réexaminés. Chacun des romans comporte certains aspects qui relèvent d'une époque ou d'une région particulière. Comme c'est le cas pour les romans de Rabelais, ils misent sur une époque où il y avait beaucoup de changements dans les domaines de la technologie, la religion, la politique et l'émancipation des nations. Mais tout en traitant de choses qui se rattachent à des époques clairement démarquées, ils manifestent néanmoins l'intention qu'ont leurs auteurs d'aborder les grands thèmes universels qui ont toujours agité l'esprit humain. Notre analyse porte aussi sur les éléments formels dont Bakhtin fait état dans son Dialogic Imagination. Nous allons tout d'abord démontrer que ces trois romans, de par le fait qu'ils intègrent de multiples genres et sous-genres par l'inclusion textuelle ou intertextuelle, sont conformes à la définition Bakhtinienne d'un roman. Nous allons ensuite procéder à l'analyse de la "polyglossia" (la présence de deux ou plusieurs langues nationales à l'intérieur d'un seul système) et la "heteroglossia" (le jeux entre les niveaux d'une seule langue). Dans le roman de Kroetsch, par exemple, on entend dialoguer le langage de l'homme ordinaire et plusieurs sous-langues — biblique, scientifique, économique et judiciaire. Dans le roman de Carrier, par contre, il existe deux dialogues, entre le peuple et l'Église d'une part et le peuple et le militaire d'autre part: la langue du peuple possède une richesse et une vitalité dont le jargon religieux et militaire est lamentablement dépourvu. Dans le roman de Maillet, le discours est même plus complexe. Il emprunte trois registres différents pour se conformer aux trois caractères qui incarnent divers aspects de la société, dont "Pélagie" qui signifie la terre, le peuple et l'avenir, "Bélonie" qui signifie le ciel, l'Église et la tradition, et "Beausoleil" qui signifie la mer et le temps légendaire. En analysant la "chronotope" de ces trois romans, on constate la présence d'un concept cyclique où le mort est la source de la régénération, soit d'un individu ou même d'un peuple tout entier. Ce thème de recyclage est à l'origine du projet de réutilisation des récits traditionnels et de la mythologie. Ces trois romans régionaux peuvent aussi être définis comme étant post-modernes de par leur utilisation de l'intertextualité et, comme c'est le cas pour The Studhorse Man et Pélagie-la-Charrette, leur conscience du texte comme un amalgame de récits et de personnages divers. Nous mettrons aussi en évidence les liens qu'ont nos trois romanciers avec certains grands classiques, tels Homer, Cervantes, Rabelais, Voltaire et James Joyce, lesquels laissent réellement pressentir ces romans contemporains. Notre conclusion relèvera le fait que dans chacun des romans sous étude, le contenu et les aspect formels démontrent une relation d'interdépendance. Dans The Studhorse Man, le style carnavalesque repousse tout qui est fini ou fixe; l'image centrale, Poséidon, maintient l'équilibre entre des forces opposantes. Dans La Guerre, Yes Sir, l'espoir d'un meilleur avenir pour le peuple est fortement lié à sa parodie du langage mystique de l'Église et surtout à sa joie de vivre. Pélagie-la-Charrette nous fait voir un peuple radicalement appauvri qui, n'ayant que son orgueil et un désir intense de retrouver la mère patrie, défie les gouvernements, les traditions religieuses, et même les éléments. Chacun de ces romans comporte une intrigue qui n'a pas de fin. Comme c'est le cas pour le mode carnavalesque utilisé par Rabelais et les autres partisans de la tradition orale, de tels romans procurent au lecteur un échappatoire vers un futur utopique. La liberté consiste essentiellement en la possibilité que la vie nous offre confronter le chaos en même temps qu'on poursuit nos rêves les plus chers.
dc.language.isoeng
dc.publisherUniversité de Sherbrooke
dc.rights© Christine Marie Anne Hopps
dc.titleCarnival in regional Canada: a bakhtinian approach to content and form in three contemporary canadian folk novels
dc.typeMémoire
tme.degree.disciplineLettres et littérature
tme.degree.grantorFaculté des lettres et sciences humaines
tme.degree.levelMaîtrise
tme.degree.nameM.A.


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